France/3ème édition du ''Forum Mondial Normandie pour la Paix'': « l'Etat n'est pas complètement là où il devrait être et continue à se déployer là où il ne le devrait plus. Il doit laisser la main aux collectivités locales dans bien de domaines » dixit HERVE MORIN, en prélude à l'évènement.

Publié le 30/09/2020 | J&P

France

A la veille de l'ouverture de la 3ème édition du désormais ''Forum Mondial Normandie pour la Paix'' , organisé par la région Normandie à l'Abbaye aux Dames à Caen (France), prévue pour se tenir les 1er et 2 octobre 2020, le site d'actualités en ligne www.jumelages-partenariats.com publie, en exclusivité, une interview du Président de la région de Normandie à l'initiative de ce ''Davos de la Paix'', Monsieur Hervé Morin, ancien ministre français de la Défense, à l'issue du tout premier rendez-vous qui a vu notamment la participation de plusieurs personnalités venues du monde entier dont le 8ème Secrétaire Général de l'ONU S.E. Ban Ki Moon.

www.jumelages-partenariats.com: M. Morin, quel est le sens que vous donnez à cet évènement dont vous êtes le parrain ?

Hervé Morin : D’une manière claire, il ne s’agit pas d’un one-shoot. Cela n’aurait aucun intérêt si nous avions consacré autant d’énergie pour bâtir un moment qui soit éphémère et sans lendemain. Ce que nous voulons clairement, c’est faire de ce site normand un grand campus sur les questions de sécurité, de stabilité, de géostratégie, un grand campus de la paix en quelque sorte où viennent du monde entier des acteurs pour témoigner d’une part, pour analyser d’autre part et surtout dresser des solutions nouvelles. C’est-à-dire de nouvelles perspectives de médiations pour tenter de bâtir des modèles qui permettraient de prévenir les crises. Pour faire en sorte que des solutions ou des propositions soient effectuées sous une meilleure gouvernance mondiale. Il faut également faire en sorte que les opérations de maintien de la paix soient mieux bâties et plus efficaces. Mais aussi, dans un idéal parfait, un lieu bilatéral où des hommes et des femmes qui ne se parlent plus, ré-ouvrent le dialogue et re- entreprennent la construction d’une solution face à des différends qu’ils auront eus depuis des années.

Vous êtes un homme politique majeur, européen convaincu, on connaît vos engagements dans ce domaine. Peut-on dire, selon vous, du couple franco-allemand au cœur des belligérances passées  mais également au cœur de la construction d’un modèle politique reconnu mondialement comme unique : celui de l’intégration européenne qu’ils font ce qu’il faudrait pour promouvoir leur modèle de paix auprès des territoires, des pays et régions aujourd’hui englués dans des conflits ?

On peut faire beaucoup mieux car l’Europe consacre beaucoup d’argent à l’aide au développement. Mais l’Europe a refusé d’être un des grands acteurs majeurs de la résolution des crises et un des grands acteurs de l’architecture du 21eme siècle parce que nous sommes faibles. Clairement, nous manquons d’énergie et de volonté. Nous continuons à penser que les choses se régleront par de petits sursauts de notre part crise après crise. Au contraire, nous avons besoin de bâtir un vrai modèle intégré où l’Europe se décide à avoir une politique étrangère et de sécurité face à des crises qui existent sur le papier mais qui n’est jamais mise en œuvre. En clair, on a une espèce de situation qui est totalement affligeante et désolante car on passe d’un ensemble européen qui confie sa sécurité à un autre et qui est de moins en moins fiable, c’est notre ami américain. D’un autre côté, on a un continent qui refuse de porter ce qu’il a de meilleur. En effet, il a inventé un système de gouvernance qui est unique au monde reposant sur les textes qui s’imposent aux Etats. Et ce modèle-là, devrait inspirer le monde.

Selon Hubert Védrine, la régulation de l’immigration dans le monde est une question majeure à résoudre. Est-ce qu’on peut imaginer que les territoires puissent jouer un rôle dans cette régulation ?

A mon sens non, c’est le rôle de l’Etat. Le seul problème, c’est que l’Etat n’est pas complètement là où il devrait être et continue à se déployer là où il ne le devrait plus. Il doit laisser la main aux collectivités locales dans bien de domaines. En quelque sorte, il faut que l’Etat se recentre clairement sur ses missions et, au contraire, abandonne les missions sur lesquels les collectivités locales sont beaucoup mieux placées que lui. La seule chose c’est que nous sommes dans un pays où l’Etat veut tout faire et, au bout du compte, finit par ne pas faire les choses correctement.   

Crédit photo: Eugeniù Prigociu

                 

Peut-on imaginer les évolutions que pourraient induire la densification des actions de solidarité au niveau des territoires pour développer les économies locales et partager la croissance avec le sud ?

Vous savez les collectivités en elles-mêmes sont, en effet, toutes en charge d’action de développement et de coopération mais ce n’est pas notre mission première. Donc, je pense qu’il est nécessaire de bien hiérarchiser les questions puisque c’est un sujet qui appartient à l’Etat. En ce qui concerne la région Normandie, elle possède deux coopérations l’une avec Madagascar qui est très ancienne et qui existait en Haute et Basse Normandie puis de l’autre, une action qui repose plus sur la construction de relations économiques et commerciales avec la Tunisie. En effet, nous avons décidé avec une région tunisienne de faire en sorte que les entreprises françaises puissent investir et être dans les actions au bout du compte de développement. Il faut également faire en sorte que les tunisiens puissent bénéficier concrètement de l’appui de la Normandie dans un secteur stratégique pour eux qui est le tourisme. A titre d’exemple, récemment, nous avons fait un voyage avec toute une série de tours opérateurs afin de démontrer qu’aujourd’hui la Tunisie était sécurisée et qu’on pouvait y aller désormais en toute liberté.

Interview réalisée par NESTOR HEMLE, Directeur de Publication.

J&P


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