France/Fréquentation timide, Braderie annulée : à Lille, un été à tâtons pour les hôteliers

Publié le 31/07/2020 | J&P

France

La nouvelle est tombée mi-juillet : la Braderie de Lille 2020 est annulée. Parmi les secteurs fortement touchés, l'hôtellerie. Zoom sur une saison estivale particulière.

Un coup de massue. Voilà l’effet qu’a fait l’annonce de l’annulation de la Braderie de Lille (Nord), lundi 13 juillet 2020, sur des commerçants. Parmi les secteurs durement touchés, l’hôtellerie. Zoom sur cette saison estivale particulière et l’impact causé par un événement moteur pour l’économie locale.

Une décision « logique »

Si la déception était au rendez-vous, la surprise, pas vraiment. Gérard De Poorter, président de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) Lille Métropole, assure que les professionnels n’ont pas été particulièrement étonnés. 

C’est surtout une déception, pour certains, qui pensaient renflouer leur trésorerie. Mais c’est aussi logique. Avec la pandémie, il était difficile d’imaginer qu’un tel événement se tienne.

Comme à l’hôtel Ibis de la Grand Place, à l’Hôtel de la Treille, on s’attendait à cette nouvelle. « On s’en doutait. On espérait qu’elle ait lieu, bien sûr, mais cela ne nous a pas surpris », nous a déclaré la personne jointe à la réception. Si de nombreuses annulations en ont découlé, beaucoup de clients avaient prévu le coup, en prenant des réservations flexibles, qui ont permis un report de séjour. « Dans ces cas-là, c’est reporté à l’année suivante ».

A l’Ibis, c’est la même chose. « On est un peu dans le flou. Nous allons contacter ceux qui avaient réservé, ce qui représente à peu près un tiers de l’hôtel, et leur proposer un report, comme lors de l’annulation pour les attentats« , nous précise-t-on à l’accueil. « Ce sont des habitués pour la plupart. Certains, comme la première fois, viendront peut-être malgré tout ».

Pas vraiment de surprise à l’Hôtel Bellevue, non plus. « Pour nous, vous vous en doutez, l’impact est énorme, sur le chiffre d’affaires », nous confie Boris Delecroix, directeur de l’hôtel. L’établissement a compté environ 70 % d’annulation sur ce week-end, très porteur. Le report à l’année suivante est aussi le choix le plus courant.

La saison reprend peu à peu

Certains hôtels, ouverts, peuvent heureusement profiter de la reprise d’activité. « Ça bouge un peu, cet été, surtout du côté de Lille. Sur la Grand place, les beaux jours, il y a du monde », observe Gérard De Poorter. Selon les témoignages qu’il recueille, le week-end, c’est plus sur la côte que les foules s’agglutinent. « À d’autres endroits, c’est plus difficile. Mais c’est la période qui veut ça. Il faut en tout cas rester prudent », tempère le représentant de l’Umih. 

À l’Hôtel de la Treille, les mois de juillet et août sont assez calmes en général. En 2020, c’est « encore plus calme », note l’établissement. Mais certains touristes sont toujours présents :

Nous n’avons pas notre clientèle anglaise, espagnole et allemande habituelle. Cette année, ce sont beaucoup de Français et de Belges.

L’Hôtel Bellevue, qui a rouvert ses portes le 11 mai dernier, a compté plusieurs vagues de retour de clients, avec la réouverture des frontières belges, puis celle des bars et restaurants. « Le mois de juillet n’est pas mauvais, si on considère les paramètres liés à la crise. Mais bien sûr, ça n’a rien à voir avec les autres étés », argumente le directeur. La tendance est aux séjours courts. Beaucoup viennent de régions voisines : du Valenciennois, de l’Aisne, de Rouen… Les Belges et Néerlandais sont aussi au rendez-vous, contrairement, « et c’est logique », commente Boris Delecroix, aux Anglais.

Des séjours de dernière minute

À l’Ibis, le mois de juillet est une belle surprise. Très calme habituellement, l’hôtel enregistre des séjours réservés à la dernière minute. « C’est assez déstabilisant, on a beaucoup de réservations la veille pour le lendemain, pour des petits séjours de ‘city break’. Les gens ne prévoient plus trop à l’avance », précise la réception. En général, l’hôtel a une visibilité sur une semaine, voire plus. Pour la gestion des commandes et des plannings, c’est un défi. Mais une belle surprise. « On espère que le mois d’août sera dans cette tendance. »

À l’Hôtel Continental, place de la Gare, la réouverture est plus tardive. Elle est prévue pour le vendredi 31 juillet. Quelques réservations sont déjà prises, pour les semaines à venir. Mais le choc de l’annulation de la Braderie est toujours présent. « Ça a un gros impact ! », nous confie-t-on du côté de la réception. Or, l’hôtel comptait sur ses habitués du premier week-end de septembre pour bien redémarrer l’activité.

Vers un nouveau souffle pour la rentrée ?

Boris Delecroix, du Bellevue, craint pour la suite. « Sur l’année, on tourne beaucoup avec le tourisme d’affaires. Or, en ce moment, ce type de clientèle a du mal à se projeter », nous explique-t-il. Pour l’hôtel donnant sur la Grand Place, l’annulation des grands congrès à Lille Grand Palais est aussi un gros coup dur. « Pour nous, c’est une perte sèche ». Sa crainte, pour l’avenir : l’annulation des marchés de Noël. « Pour nous, c’est une période très importante. Nos clients profitent souvent de leur séjour pour faire celui de Lille et celui d’Arras ».

Pour d’autres établissements, la reprise était prévue pour la rentrée, à l’occasion de la Braderie de Lille. Certains, comme l’Hôtel Carlton, attendent ce moment pour s’exprimer pour cette saison : « Pendant l’été, on est majoritairement sur une clientèle loisirs. Ça fonctionne plutôt bien. Nous attendons la rentrée pour la reprise des séminaires », nous glisse-t-on à la réception, sans autre commentaire. Et Gérard De Poorter de dédramatiser :

Il y a une appréhension, c’est certain. Mais il faut aussi souligner que nous avons déjà connu ça, avec l’annulation de la Braderie à cause de la sécurité. Nous l’avions su 48 heures à l’avance ! Là, ça n’a rien à voir. On peut prévoir, s’organiser…

Il précise qu’annoncée quasiment deux mois à l’avance, cette annulation est facilement gérable. « Les hôteliers et restaurateurs n’avaient pas encore embauché pour l’événement », précise-t-il.

À l’hôtel Ibis, l’optimisme est de mise. « Les commerçants organisent aussi leur braderie. On ne sait pas comment ça va se passer, mais on espère que cela attirera du monde. Ce sera peut-être, comme lors de l’annulation en 2016, un beau week-end ! »

À l’Ibis et à l’Hôtel Bellevue, les tarifs ont été revus à la baisse sur ce week-end, comme en période classique. « Nous sommes des victimes collatérales de la crise. Nous, nos fournisseurs, les saisonniers… C’est une année difficile », commente le directeur du Bellevue.

Ailleurs, chacun gère comme il le peut. « Bien sûr, nous tentons de reporter au maximum les séjours, mais ce n’est pas toujours possible. On s’adapte », note le président de l’Umih. S’adapter, décidément un mot-clé de l’année 2020.

La crainte liée aux restrictions sanitaires : que les gens tournent les talons
Gérard De Poorter profite de cette occasion pour rappeler l’importance de respecter les gestes barrières imposés par le gouvernement, et notamment le port du masque obligatoire. « Certains patrons craignent d’insister, que les gens décident de s’en aller. Il y a aussi des rappels à faire auprès du personnel. Il y a toujours des vilains petits canards, même si, heureusement, des gens restent responsables. »
Le président de l’Umih insiste sur l’importance de maintenir les efforts pour que l’épidémie, qui connaît un regain dans le Nord, régresse. « Ne soyons pas en dilettante. »

Source:    actu.fr

J&P


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