Malgré le confinement, «la Soupe de Rachida» aide toujours les sans-abri à Paris

Publié le 26/03/2020 | J&P Mag

France

L’association créée par Hakim, habitant de Drancy, poursuit ses maraudes auprès des SDF de la capitale. Mais les bénévoles prendront leurs précautions lors de la tournée de ce mardi pour éviter les risques de propagation du Covid-19.

 

Le confinement ne l'empêchera pas d'être au plus près de « (mes) petits protégés », comme il les appelle affectueusement. Bien au contraire. Comme tous les mardis soir, depuis quatre ans et la création de son association, Hakim, 46 ans, sillonnera Paris avec son camion financé par une cagnotte Leetchi et siglé « la Soupe de Rachida » pour venir en aide aux sans-abri et leur distribuer plateaux-repas et vêtements.

Rachida en référence à « la mama » de 65 ans qui faisait mijoter - et continue à le faire en hiver - la soupe dans une cocotte quand il a commencé ses maraudes avec des amis il y a une quinzaine d'années « pour se sentir utile ».

Hakim a créé l’association il y a quatre ans

La devise prend encore plus son sens en cette période de pandémie de Covid-19. « C'est la même misère. Comme l'a dit Macron, on est en temps de guerre, c'est la guerre pour tout le monde, il n'y a pas d'exclus », martèle cet habitant de Drancy (Seine-Saint-Denis), contrôleur de collecte de déchets pour la ville de Pantin (Seine-Saint-Denis).

Comme d'habitude, le top départ sera donné à 19 heures de Drancy avant un premier arrêt pour les deux sans-abri de la commune. Puis direction le Xe arrondissement, près de la place du Colonel-Fabien, et ensuite la mairie du XIe et la Gare de Lyon. Terminus gare de l'Est « où on distribue 30 à 40 de nos 100 repas du soir », précise Hakim.

Il a tout de même dû « changer l'organisation de la tournée » pour respecter les mesures gouvernementales de confinement. Alors que l'association peut compter sur un noyau dur de dix bénévoles tout au long de l'année, ils ne seront que trois à œuvrer ce mardi, munis de gants, masques, gel hydroalcoolique et l'attestation de déplacement indiquant leur mission auprès de « personnes vulnérables ».

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« Une copine a demandé à la police pour savoir si on avait le droit, on lui a répondu que oui en tant qu'association. La semaine dernière, on a fait des tournées mardi et vendredi, et quand on a croisé des voitures de police, elles ne nous ont rien dit et même salué au passage », apprécie celui qui s'est également mis derrière les fourneaux pour préparer les plats qu'il distribue.

Au menu de ce mardi : pâtes bolognaises, pain au chocolat, banane, bouteille d'eau et jus de fruit. « En temps normal, on a des cuisinières qui préparent les repas, mais en cette période de confinement, c'est moi. Je ne prends pas le risque d'amener les sacs de courses chez elles et de potentiellement les contaminer. Vu que je suis confiné chez moi avec mes enfants et en arrêt pour une double fracture de la cheville, je n'ai que ça à faire. »

La tournée passe les gares de Lyon et de l’Est

Alors que la capitale compte 3500 SDF, selon le recensement de la mairie de Paris, Hakim retrouvera « les mêmes cent sans-abri que l'association suit toute l'année ». « On connaît bien leur situation, mais quand on en voit d'autres, on s'arrête. »

Les mettre en garde sur le virus

Il a toutefois modifié ses habitudes et évite tout contact pour limiter les risques de propagation. « La semaine dernière, je suis resté à 4 mètres d'eux pour poser les sacs, j'étais mal à l'aise alors qu'ils me connaissent, se désole-t-il. Je leur ai aussi dit de s'écarter les uns des autres. Si l'un attrape le virus, ils vont se le transmettre. Je n'ai pas envie de les retrouver morts dans la rue à cause de ce virus. »

Le cœur plus fort que la peur

Et de lancer un cri d'alarme aux pouvoirs publics, bien que le gouvernement ait réquisitionné des chambres hôtels pour loger les sans-abri et que la mairie de Paris leur ait ouvert quatorze gymnases. « Qu'est-ce qu'ils vont devenir? L'un m'a dit que les toilettes et les douches publiques étaient fermées. Ce ne sont pas des chiens. Il y en a qui veulent s'en sortir, d'autres non. J'ai pleuré plusieurs fois car j'ai peur pour moi, ma famille et mes petits protégés. » Mais chez Hakim et pour nombre d'associations, le cœur est plus fort que la peur.

 

Source: leparisien.fr

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