L’arganier au service de l’économie locale

Publié le 12/06/2019 | Maxwell Lewis Baboula

Canada

Très réputée pour la qualité et l’abondance de sa production arganière à l’échelle nationale, la province d’Essaouira recèle d’énormes potentialités qui requièrent davantage de valorisation pour une meilleure contribution de cette filière à l’économie locale.

Avec une superficie totale de l’arganeraie estimée à 136.430 ha à l’échelle provinciale sur une superficie totale de 830.000 ha à l’échelle nationale (7% de la superficie forestière nationale), et une production annuelle d’huile d’argan de plus de 2.000 tonnes, et une production de la matière première  »Afayache » évaluée annuellement à 100.000 tonnes, la filière arganière occupe ainsi une place considérable appelée à être renforcée davantage dans les années à venir, dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV), avec plusieurs initiatives de développement et de valorisation mises en œuvre.

Si la chaîne de l’argan constitue un domaine de prédilection pour la femme rurale en particulier, on dénombre au niveau de la province d’Essaouira 101 coopératives d’extraction et de commercialisation de l’huile d’argan, dont certaines, 100% féminines, ont réalisé de grandes performances, permettant ainsi une véritable autonomisation des femmes rurales affiliées à nombre de coopératives au niveau de la province.

Pourtant, la filière continue de souffrir de plusieurs maux à savoir : un déficit en matière de transformation à l’échelle locale de la matière première, ce qui réduit sa valeur ajoutée, une pluralité des intermédiaires sur le marché des graines d’argan et de l’huile d’argan faisant que les ayant droits soient le maillon le plus faible de la chaîne arganière.

Dans ce cadre, le ministère de l’agriculture via, sa délégation provinciale à Essaouira (DPA), l’Agence Nationale de Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA), et le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification (HCEFLCD) ne cessent, avec l’appui des autorités locales, de travailler en concertation afin d’apporter des solutions appropriées à toutes ces contraintes.

Dans une avant-première, la province d’Essaouira vient de se doter d’un comité provincial chargé du développement de la chaîne de l’argan, avec pour missions, entre autres, de proposer des mesures nécessaires au développement et à la protection de l’espace forestier de l’arganier, de définir les saisons de récolte du fruit de l’arganier, de veiller au suivi de la création et de la gestion d’unités de collecte, de promotion et de commercialisation de la matière première de l’argan  »Afayache ».

Toujours dans le cadre de l’intérêt accordé à cette filière au niveau de la province d’Essaouira, il convient de rappeler la mise en oeuvre d’un programme ambitieux de plantation d’arganiers agricoles, en partenariat avec le Fonds Vert pour le Climat, sur une superficie de 3.000 ha durant la période 2017-2022, sur un total de 10.000 ha à l’échelle nationale.

De son côté, la Direction provinciale des Eaux et Forêts a veillé à la mise à niveau de l’arganeraie à Essaouira, avec 30.561 ha mis à niveau entre 2012 et 2018 dans le cadre d’un programme qui se décline en une série d’actions qui comprennent la régénération de l’argan, l’amélioration des pâturages, la sylviculture et la distribution de plants.

Approché par la MAP, M. Ahmed Najid, directeur provincial de l’agriculture à Essaouira, a souligné l’importance qu’accorde le PMV dans le cadre du Pilier II, à la promotion et à la valorisation de la filière arganière, mettant en avant les résultats obtenus dans le cadre du projet d’appui au développement et à l’adoption d’une bonne gouvernance des coopératives de l’argan, le programme de développement des produits locaux, le projet de l’agriculture solidaire (ASIMA) et le projet de plantation de l’arganier.

S’agissant du projet d’appui à l’émergence et à la bonne gouvernance des coopératives de production et de commercialisation d’huile d’argan (2011-2016), d’un coût global de 19 millions DH, il se fixe pour missions de contribuer à l’amélioration de la situation socio-économique de la femme rurale, de tripler le volume de l’huile d’argan produit par les coopératives, et de garantir la valorisation de l’huile et des produits de l’arganier.

M. Najid a fait observer que ce projet, qui couvre toutes les communes, a permis l’organisation des femmes rurales dans plus de 50 coopératives de production de l’huile d’argan (objectif dépassé largement à la fin du projet, soit 101 coopératives créées), la création d’emplois stables, le réaménagement et l’équipement d’unités de production de l’huile d’argan, l’amélioration des revenus des bénéficiaires, outre la création d’une valeur ajoutée additionnelle pour la filière.

Pour la valorisation et la promotion de la filière, la DPA a, dans le cadre du Pilier II du Plan Maroc Vert, procédé entre 2011 et 2018 à l’appui de 54 coopératives en matières premières « Afayache », la dotation de 45 coopératives en équipements pour la valorisation de l’huile d’argan, le réaménagement de 38 locaux, 70 accompagnements techniques et de formation, 31 acquisitions d’équipements d’emballage, et la construction et l’équipement de  »Dar Argan » siège du Groupement d’Intérêt Economique (GIE)  »Vitargan », a fait savoir M. Najid.

Dans ce sens, il a précisé que  »Dar Argan » est conçue pour jouer le rôle d’agrégateur et aussi contribuer à la commercialisation de l’huile d’argan et de ses dérivés, sans omettre la conception d’une marque collective du produit de l’arganier d’Essaouira, notant que le coût total de toutes les actions entreprises dans le cadre du projet d’appui à l’émergence et à la bonne gouvernance des coopératives de production et de commercialisation de l’huile d’argan, s’élève à plus de 17 millions de DH.

Concernant le projet de développement des produits locaux et d’appui à la valorisation des produits du terroir, (2016-2019), il est d’un montant de 6,25 millions de DH et a porté notamment sur l’équipement de 37 coopératives en matériels de valorisation de l’huile d’argan, la réfection de 16 locaux, l’accompagnement de GIE, et 21 acquisitions des équipements d’emballage.

Dans la foulée, il a cité le programme ASIMA (Projet de l’agriculture solidaire et intégré au Maroc) qui cible les 2.000 femmes rurales adhérentes aux coopératives d’argan et ses dérivés, et dont les objectifs à l’horizon 2020 consistent en la contribution à l’amélioration de la situation socio-économique de la femme, l’atténuation du processus de dégradation des sols, la conservation de la biodiversité, notamment la biosphère de l’arganier et le renforcement des capacités des institutions dans le domaine de la dégradation des terres et de la conservation de la biodiversité.

Dans le cadre de ce programme, il a été procédé à la construction et l’équipement de deux unités de promotion des dérivés d’argan à Tamanar et à El Hanchane, la formulation et la proposition par l’INRA/DPA d’aliments de bétails à base des sous produits de l’arganier. L’objectif étant de diminuer la pression sur les pâturages et la forêt, tout en sauvegardant l’écosystème arganier, outre l’accompagnement technique (formation, voyages, préparation du business-plan pour la gestion des deux unités….).

Sur la liste des projets pilotés par la DPA, figure également celui de la « domestication et du développement de la culture de l’arganier dans la province » d’un coût global de 10,68 millions de DH, et qui se fixe les même objectifs que ceux arrêtés dans le cadre du programme ASIMA, a poursuivi M. Najid, relevant que ce projet se propose, à l’horizon 2020, de hausser de 600 tonnes par an la production de la matière première « Afayache », et l’augmentation de la production de l’huile d’argan de 7.200 litres/an, la création d’une valeur ajoutée additionnelle de 2,7 millions de DH/an, et la création de 25.000 jours de travail additionnels.

Avec l’ensemble de ces programmes et initiatives ambitieux, la filière arganière au niveau de la province d’Essaouira dispose de tous les atouts et ingrédients pour être un véritable levier de développement local et projeter ainsi, avec optimisme et sérénité, un avenir prometteur.

 

Source: linitiative.ca

Maxwell Lewis Baboula


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