Ces jeunes qui s’engagent dans l’humanitaire

Publié le 16/08/2020 | J&P

Les six Français de l’ONG Acted, morts dans une attaque au Niger le 9 août, avaient entre 25 et 35 ans. Ce drame met ainsi en lumière les risques encourus par les jeunes engagés sur le terrain, parmi lesquels beaucoup de femmes et de diplômés.

L’information a sonné telle une déflagration pour Coline. La mort au Niger de six jeunes Français membres de l’ONG Acted, quatre jeunes femmes et deux hommes, tombés aux côtés de leur chauffeur et de leur guide. La jeune femme de 23 ans avait elle-même visité le territoire, en mars 2020.

Diplômée de Sciences-Po Lyon, Coline a déjà effectué six mois durant, dans la capitale Niamey, une mission de service civique international avec l’association Appuis. « Je m’occupais, dans un internat, de l’accompagnement scolaire et de l’alphabétisation des plus jeunes », raconte-t-elle. Une expérience tremplin qui lui a permis d’obtenir une deuxième mission, comme volontaire de solidarité internationale : « Je devais tout prochainement prendre la direction de cette même structure et encadrer les services civiques censés arriver en septembre. »

 

« C’est plus facile de partir quand on est célibataire et sans enfant »

Conséquence de la récente attaque, son départ est hypothéqué. « Ce drame, survenu dans une zone réputée relativement sûre, montre l’avancée des djihadistes », déplore-t-elle. « Bien sûr, c’est plus facile de partir quand on est comme moi célibataire et sans enfant. Mais en partant pour le Niger, je n’avais pas l’impression de prendre un risque particulier pour ma vie. »

 

Secouée, Coline reste toutefois déterminée à mener une carrière professionnelle dans la solidarité internationale. Tout comme Quentin, 23 ans lui aussi, qui a mené une mission similaire à Niamey, pour l’association Appuis. En plus de l’encadrement scolaire, ce titulaire d’un BTS en hôtellerie et restauration a dispensé une formation en cuisine et tenu une cafétéria solidaire dans une clinique. « J’avais besoin d’humain », glisse-t-il, persuadé qu’il revient aux jeunes « de s’attaquer aux problèmes sociétaux ». Cette conviction le conduit à reprendre, à la rentrée, des études de logisticien de la solidarité au sein de Bioforce, un centre de formation spécialisé dans l’humanitaire.

« Si ce secteur attire, c’est entre autres qu’il a gagné en rayonnement, jusque dans l’offre de formation, observe Sarah Chateau, coordinatrice des ressources humaines pour l’Afrique de l’Ouest, chez Médecins sans frontières. Quand j’ai commencé, il y a quinze ans, outre Bioforce, on trouvait trois-quatre masters en gestion de projets humanitaires. Aujourd’hui, il existe une multitude de cursus. »

« Une transformation personnelle, voire spirituelle »

Plus largement, qu’ils partent pour une courte durée ou envisagent une carrière dans le secteur, les jeunes engagés dans la solidarité ou l’humanitaire présentent généralement – et c’était le cas des victimes – un haut niveau d’études. « Le profil type du volontaire de solidarité internationale est une femme de 27 ans, diplômée à bac + 4 ou bac + 5 », décrit Michel de March, chargé de mission pour la plateforme France Volontaires, qui assure que « les deux tiers des effectifs de VSI sont féminins ». « On est loin de l’époque qui a suivi la décolonisation, où on dépêchait surtout des techniciens agricoles, des hommes de 22 ou 24 ans », poursuit-il.

« Jadis, la coopération a pu représenter pour certains une façon d’échapper au service militaire, relève de son côté Guillaume Nicolas, délégué général de la Délégation catholique pour la coopération (DCC). Aujourd’hui, la plupart espèrent que cette expérience contribuera à leur émancipation future dans leur vie au travail. Beaucoup en attendent aussi une transformation personnelle, voire spirituelle. » Tous savent qu’ils ne sauveront pas le monde, dit encore Guillaume Nicolas mais selon lui « ils sont convaincus qu’ils peuvent, à leur échelle, le rendre un peu meilleur. Ils sont conscients que les territoires sont plus que jamais interconnectés et que mener des projets avec des partenaires africains, asiatiques ou sud-américains peut aider à mieux habiter la planète. »

« Quand, il y a une quarantaine d’années, je suis parti effectuer ma première mission au Niger, le développement à l’occidentale était la référence, se souvient Arnoult Boissau, le président de la DCC. Aujourd’hui, nos volontaires ont conscience que ce modèle conduit le monde droit dans le mur et qu’il s’agit bien davantage de se mettre vraiment au service des autres. »

Source:    www.la-croix.com

 

J&P


Vous avez aimé cet article ? Partagez-le ...

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre commentaire sera publié après validation.