Sans les collectivités, pas de salut pour la ville intelligente

Publié le 30/04/2018 | Maxwell Lewis Baboula

France

Les territoires, déstabilisés par l’innovation numérique ? Non estime une étude de l'Iddri et la Fing qui appelle les acteurs locaux à développer l'innovation et les nouveaux modes de gouvernance.

Exit la smart city, bienvenue à la « ville numérique réelle ». Le projet Audacities également appelé « innover et gouverner dans la ville numérique réelle » a exploré cinq cas d’étude permettant « d’observer concrètement la ville numérique et de prendre la mesure des transformations et déstabilisations en cours».

Ce travail a été mené par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et la Fondation internet nouvelle génération (Fing). Il permet de déconstruire des idées reçues sur l’innovation numérique et aboutit à la nécessité de relier innovation et gouvernance.

« Il est de temps de mettre du politique »

Dans la droite ligne d’une étude qui soulignait au printemps dernier le rejet de la smart city, il démontre qu’il existe « un besoin de proximité de coopération entre l’innovation numérique et les objectifs des collectivités territoriales », assure l’un des auteurs du rapport, Matthieu Saujot, directeur du programme transitions numériques et écologiques à l’Iddri.

« Il est sans doute temps de mettre un peu plus de politique dans l’innovation. Ce serait bien que les candidats aux prochaines élections municipales expliquent quels sont leurs choix en matière d’utilisation des données personnelles. Non pas pour les mettre en accusation ou en concurrence, mais il s’agit d’associer les citoyens au débat », explique Thierry Marcou, directeur du programme sujets urbains à la Fing, et autre co-auteur du rapport.

L’innovation déstabilise les collectivités mais…

L’étude Audacities s’est également penchée sur la « disruption » par le numérique dans divers secteurs et permet de constater de grandes disparités. La mobilité est, par exemple, un terrain d’intense innovation où la déstabilisation provient de la vitesse, et la multiplicité de l’innovation.

Mais dans le champ de la « participation citoyenne », les chercheurs constatent que les structures de la civic-tech coopèrent avec les institutions publiques.

« Notre étude tend à relativiser la déstabilisation de l’innovation numérique dans la ville réelle. Ça dépend du secteur et du contexte. Elle n’est d’ailleurs pas toujours négative, il y a aussi des déstabilisations créatives. Mais nous constatons que si l’innovation déstabilise les collectivités, elle ne le fait pas de la manière dont on  l’imaginait », souligne Mathieu Saujot.

Le concept de smart city est « fatigué »

« Nous avons déconstruit le mythe de la disruption, de ces plateformes qui allaient détruire l’organisation des services publics. C’est vrai que le concept de smart-city est fatigué et qu’il n’a tenu aucune promesse. La réalité est qu’il n’y a pas de plan directeur. Le foisonnement est réjouissant mais à quels objectifs cela répond, dans quelle stratégie cela s’intègre ? Il faut réfléchir à la manière dont les acteurs publics urbains peuvent se positionner », insiste pour sa part Thierry Marcou.

Autant de constats qui montrent que les collectivités ont plusieurs rôles à jouer pour permettre à l’innovation numérique de répondre à l’intérêt général. Elles peuvent d’abord remplir un « rôle de médiateur, d’organisateur, qui est important dans la ville numérique. Il y a également un rôle de mettre en débat l’innovation et la mettre en lien avec les enjeux de nos villes », affirme Mathieu Saujot.

Redonner toute sa  place à l’intérêt  général

« Il faut casser l’idée que l’on ne peut pas intervenir. Non, ce n’est pas vrai, pour que l’innovation produise des résultats il faut que les élus aient des feuilles de route. Il ne s’agit pas de lui couper les ailes, mais d’orienter l’innovation numérique », remarque-t-il encore.

Autre rôle qu’elles peuvent jouer : « redonner toute sa place au citoyen dans la ville numérique réelle », car aujourd’hui la place centrale de l’individu est donnée surtout au consommateur et au travailleur numérique, remarque l’étude.

Selon Thierry Marcou, la bonne échelle d’intervention est le bassin métropolitain. Il reconnaît toutefois qu’il n’y a pas de territoire ayant trouvé un modèle idéal. « C’est un changement qui est en cours, qui est en train de se faire, tout le monde bouge. Il n’y a pas un exemple emblématique, mais des idées intéressantes dans de nombreuses villes ».

Le défi de trouver un meilleur équilibre entre innovation numérique et vie quotidienne est lancé et les collectivités locales auront un rôle à jouer si elles s’en donnent les moyens.

Source: www.lagazettedescommunes.com

Maxwell Lewis Baboula


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