Projet de réorganisation territoriale an Algérie : quid de la décentralisation?

Publié le 03/01/2018 | La rédaction

Algérie

L’année 2017 s’achève, sans que le gouvernement n’ait mis en place la nouvelle réorganisation territoriale prévue dans sa deuxième phase avant la fin de l’année dans les Hauts Plateaux.

On se souvient que la première phase est constituée de 10 wilayas déléguées, créées dans le Sud du pays en mai 2015. C’était d’ailleurs à cette occasion que le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui, avait promis d’élargir les prérogatives des nouvelles wilayas déléguées, de façon à les ériger en wilayas de plein exercice, et de créer de nouvelles unités administratives sur les Hauts Plateaux, en 2017, et dans la région du Nord, en 2018.

En toute apparence, la crise des finances publiques qui affecte l’Algérie depuis l’été 2014, n’est pas étrangères à ces reports. Néanmoins, le ministre de l’Intérieur a déclaré jeudi dernier devant les députés de l’APN que la réorganisation administrative dans les Hauts-Plateaux était « irréversibles » et sa mise en œuvre n’était confrontée à « aucune difficulté financière », ajoutant que « cette décision est l’une des priorités d’un plan national de développement intégré ».

Le ministre a informé les députés que le gouvernement planche sur le dossier et qu’il « s’attèle à réunir toutes les conditions pour faire des wilayas déléguées du Sud des wilayas fonctionnelles » à travers le soutien des services de l’Etat et de leurs prérogatives dans la mise en œuvre des programmes de développement.

Autrement dit, les entités créées en mai 2015 ne sont pas entièrement fonctionnelles. C’est le moins que l’on puisse dire, au vu des revendications des populations concernées qui continuent à déplorer l’excès de centralisation et le maintien de l’ « hégémonie » des wilayas-mères dans le processus de prise de décision dans la majorité des affaires liées à la vie publique.

Une autre preuve du statut « minoré » de la wilaya déléguée, c’est bien son défaut de représentation politique à travers une assemblée de wilaya (APW) propre à elle, sans parler de la nécessité d’examiner la possibilité d’aller dans le sens d’un surcroît de décentralisation par la création de nouvelles communes.

Le statut « hybride » de wilaya déléguée

L’un des signes qui ne trompent pas sur le peu d’efficience du modèle de réorganisation du territoire tel qu’il est initié depuis 2015 – aussi bien sur les plans de l’architecture institutionnelle et de la division du territoire, que sur le plan du fonctionnement- peut aisément être perçu à partir du nouveau parcours que le pays s’impose avec les dix wilayas déléguées créées dans le Sud algérien à partir de communes relevant de huit wilayas-mères: Adrar, Biskra, Béchar, Tamanrasset, Ouargla, Illizi, El Oued et Ghardaïa.

Pour parvenir déjà à ce modeste résultat- des wilayas au statut hybride, entre le niveau de daïra et celui de wilaya de plein exercice-, il a fallu presque dix années de réflexion! On se souvient, en effet, des propositions et plans de l’ancien ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, où il faisait étalage des critères devant présider à la naissance de nouvelles wilayas, faisant privilégier l’importance démographique.

On sait qu’à travers le monde, aux yeux des aménagistes, ce critère n’est qu’une donnée parmi tant d’autres, qui s’ajoute aux données spatiales, écologiques, économiques, sociologiques et humaines. Gérer une wilaya, comme Médéa, qui a sa limite nord implantée sur le sommet de Chréa, à l’étage bioclimatique humide avec plus de 1200 mm de pluie/an, et sa limite sud à Boughezoul, plongée dans la vastitude de la steppe à l’étage bioclimatique semi-aride et aride, avec moins de 250 mm/ans, n’est pas une mince affaire.

Écologiquement, cette wilaya présente le même éventail de zones très variées que la wilaya de Bouira, qui va du sommet de Lalla Khedidja jusqu’aux premières maisons de la ville de Sidi Aïssa (wilaya de M’Sila).

Le chaînon manquant

Les « découpages » sociologique, humain et celui des vocations économiques, sont censés suivre à peu près le découpage naturel (climat, flore, faune). De même, créer une nouvelle wilaya autour d’un centre urbain décidé d’ « en haut » pour des considérations tribales ou politiques, au lieu d’un centre historique connu et reconnu, n’est pas fait pour faciliter les choses sur le plan de la gestion, du cadre de vie et de la convivialité.

Allusion est ici faite aux découpages de 1974 et 1984 au cours desquels on a préféré Naâma à Mechria et Aïn Sefra; on a occulté Boussaâda au profit de M’Sila; on a jugé Oum Bouaghi plus « digne » d’être chef-lieu de wilaya devant Aïn Beïdha; on a érigé un village paisible et à vocation forestière, à savoir El Tarf, en chef-lieu de wilaya, au lieu de la station balnéaire d’El Kala (La Calle).

On peut multiplier à souhait les exemples de distorsions territoriales et de non-sens de projections administratives. Là où cela coince encore davantage, c’est bien le maintien de la centralisation du processus de prise de décision, malgré toutes les divisions administratives intervenues depuis 1974. En effet, il ne suffit pas de multiplier les unités administratives au sens physique et infrastructurel.

La décentralisation- qui peut aller très loin, avec les systèmes de régionalisation qui sont connus à travers le monde- ne peut se contenter du rapprochement de la mairie du citoyen. L’ambition d’une gestion rationnelle des ressources et du territoire et d’un accès bien réfléchi aux vertus de la démocratie commande de réformer le mode de gouvernance locale et le processus de prise de décision, de façon à ce que les assemblées locales, les comités de quartiers ou de villages, les acteurs économiques locaux, aient voix au chapitre dans la gestion des affaires de la cité.

Source : www.algeriemondeinfos.com


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